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Article n°3(bis)# Parenthèse Anglaise

Enthousiastes, nous traversons la manche à bord du très confortable ferry originalement prénommé le « Brittany ».  Un véritable casino flottant : ambiance feutrée, salon gigantesque, avec sièges inclinables pour se reposer, machines à sous, bars, restaurants, presse, cabines avec salle de bain, magasin de souvenirs, salle de cinéma.  Le personnel est souriant et aux petits soins.  Quant au Van, il est bien installé en cale, comme un cheval dans son box qui attend patiemment sa tournée d’avoine.

Nous profitons de cet intermède pour expliquer à notre Angelot les règles de vie qu’il va devoir s’apprêter à suivre dans l’espace restreint du Van. Nous sommes tous les deux en phase et nous nous lançons.

– Robin, papa et moi souhaitons te parler du voyage. Lui dis-je, les coudes pliés sur les genoux.

– Pas la peine, je sais ce que tu vas me dire ! Réponds le petit impertinent sans nous regarder

– Ah oui ? Il ne faut pas que je caresse les chiens des gens et tout ça.

– Oui, d’accord, mais surtout, tu écouteras bien ce qu’on te dit, c’est-à-dire mieux que d’habitude et puis, tu mangeras ce qu’on te propose, on ne pourra pas préparer de poulet aux patates, tu comprends ? Il n’y aura pas de dessins animés non plus, ce voyage est l’occasion pour toi de « décrocher » des écrans vois-tu ? Et surtout : pas de crises ! Est-ce qu’on est d’accord ? Saches que nous allons légèrement changer nos habitudes et que nous ne savons pas exactement où nous allons.

Ces « règles de vie » sont bien entendu automatiquement enregistrées dans sa mémoire interne en zone « w ». Je n’ai rien évoqué au sujet de cette zone, pourtant tout parent propriétaire d’un enfant DYS. THAD. ou précoce serait bien avisé d’en connaître l’existence. Une zone assez éloignée de la surface, ce qui explique pourquoi les consignes ont toujours du mal à trouver rapidement le chemin de mise en action. Tiroir « la vie », dossier « les règles », fichier « je verrais bien si j’ai envie de m’en servir ou non, quoiqu’en disent mes parents ».

#Evite-mon-écueil : Si votre enfant est Zèbre, précoce, sur-doué, asperger ou DYS quelque chose je vous conseille vivement de vous inspirez des conseils de ce blog ou de vous procurer son livre : Rayures et ratures

Le temps d’un souffle et nous voici en Angleterre : Portsmouth tout le monde descend. À la question fatidique de « qui prend le volant en premier ? » Je réponds tête haute et souriante « pas moi ! ». Le capitaine esquisse une moue et assume le rôle qui lui revient de fait sans tiquer. Les dix-huit heures déjà passées de cinq minutes nous contraignent à nous activer pour nous rendre au camping du soir. Il est situé à quelques encablures de Londres, dans le Hampshire.

Le bon ou le mauvais GPS

L’adresse trouvée sur internet avant notre départ est paramétrée dans nos deux GPS, car il est vrai qu’un seul GPS c’est un peu juste. Le Van est équipé de celui construit selon la fameuse base de donnée « Michelin » mais l’homo-scientificus, lui, à plus d’un tour dans son sac, et il s’est doté de la dernière application mobile avec la carte du Royaume-Uni téléchargée dans son téléphone. Pas besoin donc, de connexion internet. Suivons les guides, n’importe quel aventurier moderne procède de cette manière aujourd’hui.  Au premier croisement, les deux GPS entonnent ensemble « prenez la première à droite » et « die erste Straße rechts ». Ce qui signifie strictement la même chose mais visiblement le GPS du Van ne parle pas encore Français.

#Evite-mon-écueil : Avant le départ pensez à contrôler les réglages véhicules (GPS, Tableau de Bord, contrôleur chauffage. Les Volkswagen sont souvent importés d’Allemagne, et vous devrez chercher dans les menus Allemands…

Un léger stress se fait sentir pour le pilote : la veine située sur sa tempe droite devient pulsatile. Je m’empresse et trifouille dans les menus du tableau de bord, pour changer cela au plus vite, mais l’engin ne se laisse pas faire. Le pilote semble de plus en plus préoccupé par la manipulation, je surveille sa veine. Ce sont ses yeux à présent, qui partent dans deux directions différentes, la route, mes manipulations qui deviennent tremblantes. La tension monte, puis un heureux « faites demi-tour dés que possible » sonne le glas. Nous venons de manquer la première à droite et le GPS français, qui ne perd rien pour attendre, nous rappelle à l’ordre ! Les premiers gémissements sortent de la bouche du pilote, la co-pilote se sentant coupable propose sur le vif une alternative maladroite avec un « ah oui, c’était là ! », et l’Angelot nous achève :

– On s’est trompé de route ? On est perdu ? On va où ? Maman qu’est-ce que tu fais ?

Trop tard, trop tard, double trop tard. Le capitaine agacé tranche et propose la solution salvatrice : Éteint moi c’GPS ! Reste plus qu’à suivre le trajet recalculé en dix millisecondes par celui que nous appellerons désormais et injustement « le bon GPS ».

#Evite-mon-écueil : Si vous tenez à votre mariage, ne prenez jamais jamais jamais deux GPS (Cf histoires à suivre)

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Le dernier village que nous traversons avant notre arrivée au camping est fabuleux. Bucoliques, de petits cottages récemment repeints bordent la route. Toutes les fenêtres sont ornées de fleurs aux couleurs chatoyantes et l’odeur de rose tapisse nos narines. L’unique Bed and Breakfast se fait connaître grâce à sa petite pancarte qui se balance au bout d’une équerre en fer forgé, juste au-dessus de la porte. L’église, sortie d’une autre époque, est posée là, pile entre un talus vert et le ciel bleu. Nous sommes chez Tolkien. Je suis enchantée, c’est la rencontre de mon rêve et de la réalité et un certain parfum de liberté se fait sentir. C’est de bon augure pour la suite.

Quelques mètres encore et notre point de chute est sous nos yeux. Je sens en moi l’impatience de l’enfant qui va déballer son cadeau de Noël. Il s’agit d’un simple champ, doté d’une cabane de douches et toilettes.  Pas de place précisée, chacun choisi son coin. Pour tout accueil, une boîte aux lettres et son écriteau nous invitent à laisser le bon montant dans la fente, du bois est disponible pour faire un feu si on le souhaite. Déjà fatigués nous renonçons à l’aspect festif et allons directement siffler un apéro bien mérité.

Je trouve un petit côté exotique au camping, la cuisine du van ressemble à une dinette et l’espace de vie à une cabane, nous dormons dans un champ à côté d’inconnus.  L’aventure commence en toute convivialité et vraiment, nous apprécions comme des gosses ces précieux instants.

Le petit matin nous lève au chant des oiseaux et nous filons à Londres.  Le Van sera exceptionnellement laissé sur un parking en bordure extérieure de la capitale, car circuler en trottinettes et transports en commun nous semble à première vue être la meilleure option.

Nous sauterons dans le premier train juste après avoir repliés nos trottinettes ce qui en facilite le transport.  Il arrive.  D’un « clac-clac », celle d’Adam est pliée, mais Robin ne parvient pas à rabattre la sienne tout seul :  il faut dévisser deux loquets, puis abaisser la barre centrale qui sert de guidon, pour enfin rabattre les poignées amovibles.  « Bien pensé » cet engin conçu pour un enfant de sept ans ! La mienne coince.  Je force mais, Mince le train est là !  Vite, nous avons une valise et deux sacs à dos à transporter en plus !  Les portes s’ouvrent. Vite !  Mais qu’est-ce vous faites ?  Hurle le capitaine.

– On n’y arrive pas ! Répondent les matelots en échos

De toute façon j’avais lâché la mienne pour gérer celle de l’Angelot, mais dans l’urgence, le travail n’avait été fini qu’à moitié, et le plateau repose-pieds n’étant plus maintenu par les écrous, il tournait librement sur lui même dès qu’on le soulevait. Adam, se précipite, empoigne violemment les deux trottinettes, jette la mienne dans le wagon lorsque la plus petite tacle violemment sa malléole ! Heureusement, dans le wagon, personne ne comprenait le Français, du moins dans sa version familière.

La douleur ressentie par Adam est suffisamment vivace pour anéantir son élégance naturelle lorsqu’il se déplace.  Elle va encore sévir quelques minutes pour se dissiper peu à peu. Une trentaine de minutes plus loin et Londres est maintenant sous nos pieds. Nous descendons du train.

La capitale anglaise nous accueille en fanfare.  Dès que nous sommes sur le quai, frais, dispos, et un peu boiteux, c’est une véritable cascade de gens tout parfumés qui nous dévale dessus. Je m’attendais à la foule ! j’adore la vie trépidante des grandes capitales ! Nos yeux sont fixés sur le flux, le débit est fort et constant. Je tiens l’Angelot par la main, en plus de la trottinette, et des sacs ! Mais que dit le capitaine ?  Les coudes et les sacs des gens m’éclaboussent un peu, et je suis entraînée par la force de la foule qui forme un torrent !  Là !  J’aperçois un signe de la main du capitaine : vers la sortie !  Je me sens comme Indiana Jones qui traverse l’Amazone à la force des bras. Nous parvenons finalement à reprendre notre respiration et à rejoindre la rive en nageant.  Nous sommes hors de danger, et rejoignons l’hôtel pour poser tout cela. Heureusement, nous n’avons plus qu’un seul GPS, et les cartes de métro en poche.

– Bon, on ne va pas déplier les trottinettes tout de suite ok ? Tout le monde acquiesce en suivant le vénérable capitaine. Sauf Robin qui proteste en chougnant :

– Non je veux ma trottinette !

– Non Robin, là tu nous suis, c’est déjà assez compliqué.

– Hurle-t-il en faisant résonner le mot.

Il résiste les deux pieds rivetés au sol et les bras noués, soudés au ventre. Pendant près de quinze minutes, l’Angelot se montre sous son meilleur jour : braille, pigne, trépigne, rougit, pleure, tourne sur lui-même comme un derviche tourneur (mais qui lui a montré cela ?). Il nous donne l’air de mauvais parents qui ne savent pas gérer un minot.  Un minot, un minot certes !  Mais un minot sacrément obstiné !  Dans ce brouhaha impossible de régler la situation, Adam le tire par le bras, je récolte dans la volée la petite trottinette et la surcharge me gagne. Cela n’est pas grave, de toute façon je boite aussi à cause d’une vieille tendinite de la hanche. Allons, allons, et vaille que vaille, quand faut y aller… Donc, que devions-nous résoudre déjà ?  Ah oui, aller à l’hôtel…

La couleur de notre séjour Londonien n’a pas oscillé d’un demi-ton.  Trois jours durant:

  • la beauté des lieux nous emballe ♥
  • Adam, traite « le bon GPS » de tous les noms d’oiseaux, car sa nouvelle super-application plante régulièrement,
  • les trottinettes impliables taclent les malléoles à tout va,
  • Robin s’obstine à se montrer sous son meilleur jour,
  • et les Londoniens sont supers sapés (Tendance « trendy-casual »), mais très nombreux finalement.  Ils ont un rituel : telles une nuée de bourdons, ils sortent tous de la City à 17 heures pour assiéger les pubs.  Ils se déplacent en banc et entraînent toute ma famille dans ce tourbillon inattendu.

Je suis essoufflée, Londres est sublime, mais ne répond en aucun point à mon besoin de déconnexion.  Bien au contraire, elle me fait prendre conscience de la vie totalement intrépide de ses habitants et me renvoie aussi l’idée que mon rêve pavillonnaire n’est finalement pas si mouvementé, je devrais même pouvoir y trouver une forme d’apaisement à présent.  Tout est relatif n’est-ce pas ?

Il me faut trouver une situation intermédiaire.  Dans ces cas-là, le mieux est de positiver et de passer à la vraie raison de notre présence sur le territoire du Royaume-Uni : Le bonheur en Écosse.

Nous y trouverons nos vertes et paisibles vallées.  Nous pourrons respirer le grand air et trouver la sérénité que nous cherchons et les seuls bourdonnements seront ceux des abeilles. Elles viendront butiner le doux pollen des jeunes fleurs à peine effleurées par la rosée du matin.  Ça va être magnifique…

Nous récupérons donc notre Van, rebaptisé en ce jour mémorable « Margareth », en référence à la dame de fer dont le brushing et la réputation implacable me font penser à une machine anguleuse que rien ne peut ébranler. J’exagère un peu !

Le matin, nous allons tailler la route jusqu’à Édimbourg.  Le mauvais GPS qui a subi une totale reprogrammation parle maintenant en français. En revanche, depuis la manipulation, la radio se met en route automatiquement dès que nous avons besoin d’être guidé ! La technologie n’est pas l’amie des néo-minimalistes.  Pas moyen de séparer la fonction radio de la fonction GPS.  L’agacement nous gagne, le même que celui du chihuahua dont le jouet refuse de céder à ses canines tranchantes. Mais dans la foulée, je me délecte de notre résilience. Nous reprenons vite notre bonne humeur naturelle, celle du cavalier King-Charles. Nous faisons contre mauvaise fortune bon cœur nourrissant avec niaiserie l’idée que la BBC nous fera progresser en anglais, et que notre Angelot, intègrera tout cela dans sa mémoire interne : zone « Alpha », celle ou se classent toutes les choses beaucoup trop compliquées pour son âge et qu’il sera bien incapable de remettre dans l’ordre le moment venu, tiroir « langues » dossier « anglais vite fait ».

Donc, pour aller à Edimbourg, nous avons deux GPS : Le « bon GPS » il plante, se fait insulter régulièrement et je le rebaptise sur-le-champ « l’oiseau », puis et le « mauvais GPS », ainsi nommé par le capitaine, qui indique les directions en français en même temps que les rires enregistrés des sketchs comiques de la BBC.  Nous devrions y arriver.  Heureusement que nous n’avons pas bêtement dépensé nos deniers dans un vulgaire plan en papier du Royaume unis totalement superflu en plus.  Le capitaine et moi, avons nos préférences. Nous programmons chacun de notre côté nos GPS favoris pour parvenir à destination.

– On va où ? S’interroge Robin pour que l’on s’occupe de lui.

Et ce qui devait arriver, arriva. Le mauvais GPS conseille d’emprunter la M6, et l’autre « oiseau » la A1 (M) pour le même temps de parcours.

– Quand est-ce qu’on mange ? Demande Robin.

Le capitaine, en loup de mer aguerri, suit son infaillible instinct :

– Prenons l’autoroute A1 et laissons le mur d’Hadrian aux touristes des « All-Inclusive». Annonce-t-il fermement.

– C’est quoi Hadrian ? demande l’Angelot.

Évidemment l’A1, avec un « A » comme Autoroute ! À aucun moment l’un de nous n’a eu ne serait-ce que l’once d’un doute.  Car c’est bien connu, en anglais, le mot « Motorway » commence par un « A » et non par un « M ». En conséquence, la lettre « A » ne peut que signifier Autoroute.

#Evite-mon-écueil : Réviser son Anglais avant le départ peux s’avérer utile.

Nous retrouvons sur ce tronçon les autres Londoniens. Ceux qui ne sont pas « trendy-causal », et qui n’investissent pas les pubs à dix-sept heures.  Ceux-là, ils rentrent chez eux en navette supersonique roulante, dans la banlieue proche de Londres, soit dans un rayon de deux cent kilomètres, direction : Deuxième stratosphère.  Ils sont également très nombreux sur le réseau routier, et nous sommes dans le flux jusqu’en fin de parcours, une taverne se signale sans pudeur, et revendique sa position frontalière grâce à sa façade peinte de lettres rouges : « Ici dernier Pub d’Angleterre » ! 

Nous foulons enfin la terre des Écossais en « Lowlands ».  Il nous faudra encore compter cinq cent cinquante-six kilomètres (parcouru en neuf heures seulement) jusqu’à Jedburgh, ce qui me laisse le champ libre pour vaquer en pensées profondes.

Avant mon départ, j’imaginais que l’intérêt de partir à l’étranger sans avoir préparé son voyage, était le sentiment de liberté gagné à la faveur d’une lourde planification. Le caractère hasardeux du parcours me faisait frissonner. Ce fantasme de liberté me colle à chaque instant et je me laisse guider par l’envie, seul le besoin le plus primaire serait comblé, et dès à présent, plus besoin de chercher, juste se poser là et fermer les yeux en respirant profondément, se laisser porter par l’air qui caresse ma peau, ne résister à rien puisque rien ne s’oppose, mon corps entier flotte et je suis finalement d’une légèreté absolue …

– Va quand même falloir trouver des toilettes ! M’interrompt l’homo-scientificus-finistérius.

Toute belle soit notre liberté, et n’ayant pas de camping sous la main, il nous faut des sanitaires au cas où une envie pressante se ferait sentir.  Pas question de se tortiller toute la nuit, hantée par la pression d’une vessie pleine à craquer.  Nous stoppons Margareth et entamons une réflexion qui va durer quatre secondes : sans documentation et tout conditionnés que nous sommes, nous nous rendons directement chez « Docteur-Google-à-la-rescousse ». Posons-lui franchement notre question : « Comment trouver des toilettes quand on est paumé en pleine cambrousse écossaise ? » Mais c’est ce moment-là que L’Angelot choisi pour craquer :

– Je veux aller aux toilettes ! Je veux un dessin animé ! j’ai faim ! Chougnant d’un trait.

L’homo-scientificus ne raterait pas une occasion d’alimenter son fils en nouvelles connaissances, et décide de reprendre après coup la question posée 9 heures avant pour détourner son attention :

– le mur d’Hadrian, mon fils c’est un mur qui avait été construit par…

Le visage de l’Angelot commence à se déformer, les sourcils se froncent, la bouche forme la moue caractéristique du sourire inversé, oh non ! Bouchons-nous les oreilles…

– Je veux un dessin animé ! En pleurant franchement décibels à fond.

J’avoue être un poil irritée par la situation et sentir mon calme m’échapper. Reprenons depuis le début, et trouvons dans l’idéal un parking avec sanitaires.  Je pose un pied au sol laissant derrière moi le joyeux foutoir que le capitaine va gérer. Qu’a trouvé docteur Google ? Ah… Environ 1500 résultats en quinze secondes.  C’est à couper le souffle ! Je traverse la première page :

  • Un site canadien « ca.presse.ca » qui nous explique quand aller aux toilettes pendant un film au Canada.
  • Six blogs d’humour en tout genre traitant du sujet « pipi ». Un lien vers un fichier .PDF à télécharger et qui parle d’une application formidable à télécharger elle aussi, sur lequel je m’empresse de ne justement pas cliquer, pour ne pas griller mon forfait cinq gigas de données accessibles et pas un de plus.
  • Un site de « inp de Toulouse », aucune idée de ce que c’est, je passe, enfin, un lien vers un forum où l’on trouve toutes sortes de sujets sur Londres, classés selon une logique qui m’échappe.

Mince déjà cinq minutes de perdues sans résultats probants.  Le temps joue contre moi, le petit meurt de faim et est fatigué par cette traversée éprouvante, le danger est à chaque coin de rue en ces contrées inconnues, et nous devons le mettre à l’abri en cas d’attaque.  N’importe qui peut se cacher derrière un arbre et nous attendre avec un couteau pointu, pour nous voler la bourse.  Le reste de la troupe montre des signes de fatigue également, le froid commence à dessiner des engelures sur nos doigts engourdis et le moral baisse avec le soleil. L’humidité a gagné le cœur fibreux de nos pulls et commence à flétrir nos chairs.  Ça devient urgent.  Je lève le nez vers l’unique panneau :

– Restons là ! Il y a des toilettes publiques sur ce parking ! C’est super ! Juste à 1 mètre de nous !

Je viens par cette simple phrase de redonner la chaleur qui nous manquait, le sourire revient, les nuages s’en vont et…non en fait, les nuages restent.  Ils sont soudés entre eux.  Mais cela ne fait rien… Prenons donc une soupe chaude au sein de Margareth pour nous réconforter et …

– Nannnn ! J’aime pas la soupe ! Hurle l’Angelot à bout de nerfs.

– Tu mangeras ce qu’il y a ! Négocie le capitaine en souplesse.

Attention, rebouchons-nous les oreilles, et c’est reparti pour un tour ! Il envoie à nouveau les décibels. Là, j’interviens :

– Ok pour un dessin animé le temps de préparer la soupe, ok ?

– D’accord. Répond-il calmement

– Et ben voilà ! Dis-je souriante, en fixant les yeux de mon capitaine.

#Evite-mon-écueil : « Un souci n’arrive jamais seul » selon la loi des séries. C’est une pensée limitante, ôtez-la de votre tête, car la dite loi omet de rappeler qu’il en va de même pour les solutions !

C’est donc avec beaucoup de tact et d’élégance, que je prouve au capitaine que rien ni personne ne peut remplacer une mère, et qu’en cas de débordement, elle seule saura trouver les mots qui rassurent sa progéniture. Selon moi, il ne peut que s’incliner.  Sur le coup je n’avais pas bien compris le regard noir qu’il me jetait sous-entendant « on avait dit pas de dessin animé », mais au bout de quelques instants, je me sens honteuse. Nulle n’échappe au sentiment de culpabilité.  Mais, toujours très digne en apparence, je fais comme si de rien n’était pour me plonger dans une réflexion interne et trouver une échappatoire : manger.

Le repas revêt un rôle de la plus haute importance. Il est central car il répond à la fois au besoin premier de subsistance, et nous réunit au sein d’un moment convivial, propice aux échanges.  Nous échangeons des regards, de la nourriture, des paroles puisque nous prenons le temps de nous écouter.  Chacun à tour de rôle s’exprime à son aise et reçoit en retour une écoute, une réponse, et, plus rarement, une punition suivant la nature du propos.  Nos respirations se calent au rythme des déglutitions et totalement extraits du reste du monde, nous communions dans cette oisiveté bien spécifique.  Ça c’est motivant et ça ressemble à de l’apaisement source de bien-être.

Margareth nous offre son salon.  C’est du moins le terme utilisé dans la brochure commerciale du Volkswagen.  Les deux sièges de pilotage pivotent totalement vers la cabine et proposent deux confortables assises.  À l’opposé, la large banquette arrière reste telle quelle, et nous permet d’asseoir au moins deux autres personnes.  Le bloc cuisine est astucieusement compacté : réfrigérateur, gazinière deux feux, et évier avec robinet pliable.  Il y a même des placards de rangements, juste en dessous, qui retiennent les courses et la rare vaisselle, grâce à deux portes coulissantes, beaucoup plus pratiques que des portes à battants.  Un mètre carré de salon cuisine : c’est vraiment du luxe.

Je suis assise au bon endroit, car un seul poste est idéal pour préparer le repas : sur la banquette arrière au plus près du gaz.  D’une main, je tire la tablette coulissante située entre la banquette et le frigo, déplie le pied ingénieusement fixé dessous, et nous voici en présence d’un splendide salon-cuisine cinq places tout beau, tout fonctionnel.  Personne d’autre ne bouge pendant la manœuvre, car un volume de deux mètres cube est nécessaire au mouvement.  Tout ceci se fait avec une telle aisance, que chacun se sent libre de vaquer à ses occupations.  L’Angelot se cale sur son dessin animé, et le capitaine gère Google :

– Sinon, on aurait pu trouver un camping, il y en a un à trois miles…me dit-il sur un registre tout autre.

Je m’active. Il me faut une casserole que je trouverais dans le placard sous l’évier.  D’un coup d’œil, je considère la table déjà disposée comme un obstacle, car elle m’empêche d’accéder au quart Sud-Est du placard.  Restant assise, et pivotant légèrement, je me plie en deux, en passant le tronc sous le plateau.  Par chance, mon bras est assez long pour atteindre la cible.  Là !  Je tiens le manche que je tire sans plus de précautions, et provoque par effet mécanique l’éboulement de tous les ustensiles soigneusement empilés par ordre croissant au-dessus. Je suis soulagée de constater que ce grand fracas ne détourne pas l’Angelot de son écran visiblement aimanté, mais Adam vérifie si tout va bien :

– Ca va ?

– Hum oui …

– Il poursuit sur Google.

– Le camping « Sheep Valley » à l’air pas mal…

J’ai une casserole, je rangerais le merdier plus tard. Il me faut aussi : la soupe en brique, située dans le placard façade Nord-Ouest, juste à côté de moi : cette fois la prise sera facile et je ne prendrais aucun risque. Je l’ai.  Il me faut aussi, une louche pour servir.  Et avant de replonger, je pense à remonter autre chose : des ciseaux.  Façade Nord-Est, plus dangereuse, mais d’autres l’ont déjà franchie, ça doit être faisable.  Les semelles de mes chaussures sont en caoutchouc cramponné, elles constituent un point d’appui solide sur lequel je peux compter.  Au pire, je pourrais disposer mes pitons dans les fissures et atteler les mousquetons de sécurité, la corde de rappel enroulée autour de ma taille me sécurisera.  Je me lance dans une nouvelle danse, pivotage, pliage du bassin, le tronc entier est glissé sous la table, je jette mon « bras-piolet » qui se coince pile dans l’encoche des ciseaux.  Dans un nouveau mouvement, j’improvise un élégant « jeté-posé » de l’objet sur la table, tout en restant pliée et sans aucune visibilité, évitant ainsi un lourd re-pivotage-dépliage du tronc.  Ultime rotation cervicale à quatre-vingt-dix-degrés, et dans un bref coup d’œil, je valide au passage la bonne santé de mon fils : il est sain et sauf.

Ce n’est pas fini, mon corps approche les 40 degrés, et mes mains deviennent moites et glissantes, le facteur risque augmente mais la louche doit cependant être remontée.  Le souffle est coupé par la position, je repousse mes limites et dans un élan sorti de nulle part, je saisis la louche tant convoitée. Impossible de me souvenir de l’ordre précis de ma chorégraphie pour remonter à la surface, mais ce fût rapide et efficace.  Adam pose un regard interrogateur sur moi.  Il a l’index posé sur sa bouche en cul de poule, et semble penser : « Mais qu’est-ce qu’elle fabrique ? » Mais dans son élégance naturelle, il propose plutôt :

– Besoin d’aide peut-être ?

– Non, merci chéri, pourquoi ? Je suis décoiffée ?

– Du tout, on dirait que … tu sors d’un asile de fous…ou d’une maison de retraite. Dit-il avec un humour qui ne fonctionne pas à ce moment précis.

#Evite-mon-écueil : Attention à cet écueil très important. Le Van n’est pas recommandé aux personnes corpulentes, ni aux personnes manquant de souplesse.

Mes mains moites sont parfaites pour recoller les cheveux rebelles entres eux, alors pourquoi s’en priver ?  Ainsi restaurés, ils me donnent plus de crédibilité.

Si je faisais une petite salade de tomates.  En ouvrant le réfrigérateur, je vois surtout les bières et deux steaks qui essayent d’exister et me tendent les bras.  Il me faut une poêle. Quart Sud-Est cette fois-ci, paroi déjà gravie, mais je suis plus âgée que la dernière fois, je décide de prendre un sentier de spéléologie, plus long mais plus sûr.

C’est dans un couloir sombre et étroit comme un fourreau que j’enfile donc mon corps tout entier, tout ça pour une poêle.  Une plongée abyssale d’au moins dix interminables secondes.  Compter…oui compter, ça va m’aider à poindre vers la sortie. Un, deux, trois, puis quatre, quatre, quatre c’est loin dix… L’ambiance est suffocante et la lumière se fait rare, je faiblie et mon cœur bat trop lentement, cinq, six, sept en reconsidérant la situation un renoncement s’annonce inévitable pour la première fois.

C’est un échec !  Depuis le chiffre cinq en réalité, la frustration avait déjà entamé mon enthousiasme.  Cette saleté maintient ma suffocation, englue mon esprit dans une profonde noirceur et dispute au dossier « toutes les fois où j’ai eu moins de 5/20 en maths » la place de la reine dans mon « grandéchequier » ! Et tout cela sur l’infaillible argument de « poêle, en principe atteignable en moins de deux pour n’importe quel imbécile ».  Une chose est sûre, je n’ai pas pu ramener l’ustensile et cela restera gravé à tout jamais dans ma mémoire.  En remontant, je pense inévitablement à toutes les personnes que je vais décevoir en racontant cela, mon père, cet inconnu, ma mère qui dans tous les cas, ne « gombrend rien », et surtout, mon fils et mon époux à qui je dois tout.  Comment pourrais-je après cela les regarder en face ?  Comment soutenir le regard de mon Angelot lorsqu’il va me demander : « mais maman, c’est ça ta liberté ? C’est ça ?  »

Mais l’heure est à la survie, je remonte à la force des bras, je m’appuie sur l’assise de la banquette et pivote pour m’asseoir.  Je peux enfin respirer normalement.  Cette fois-ci, quatre yeux écarquillés sont rivés sur moi.  Durant ma plongée, Adam était parvenu à désactiver le champ magnétique qui collait la tablette tactile aux yeux de notre fils, sans heurts visiblement. Plus que de la déception, c’est la subjugation que leurs visages me renvoient.  Dur à encaisser également !  Mais l’électrochoc fonctionne et je me ressaisis :

– J’arrive tout de suite. Dis-je me justifiant à peine.

La lampe de poche à dynamo manuelle, va me servir à y voir plus clair.J’y retourne, toute entière.  J’allume la led qui ne fonctionne qu’en mode clignotement, le bouton lumière fixe étant coincé.  Mais cela ne fait rien, ce stroboscope fera au moins fuir les chauves-souris.  La poêle est à moi, je l’encorde et demande à l’équipage resté là-haut de la remonter.

Maintenant, je vais commencer à préparer le repas.  Mais avant, un petit apéro est de mise, et puisque les bières sont bien fraîches et faciles à attraper.  L’occasion est trop belle pour ne pas manquer cela. Un petit jus d’orange pour l’Angelot fera l’affaire. Les verres sont au niveau Nord-est du placard. Adam m’interrompt.

– Ne – Bouge pas !

Il occupe le siège passager pivoté côté « salon ».  Le bras droit tendu à son maximum, il fait disparaître son épaule, le bassin légèrement plié de côté, il atteint les verres tout en gardant le menton posé sur le plateau de la table.  Il a du style c’est indéniable.

Un peu de musique à la radio, les breuvages frais n’attendaient que nous.  Tout s’accorde avec la lumière tamisée, et la condensation naissante sur les verres me rappelle les bons débuts de soirée passés à refaire le monde en vidant quelques chopines.  Eddie Weder dans sa bande originale de « Into the wild » accompagne ce bon moment, et nous rapproche plus encore de notre vie d’explorateur !  Tout le monde a le sourire.  Robin aime beaucoup ce moment privilégié et se montre tendre.  Un nouveau bon souvenir pour sa mémoire.  Une demi-bière suffit à réhydrater une personne de petit gabarit comme moi.  Il n’y a pas de meilleur moment pour laisser mon esprit divaguer en banalité : « parfois j’aimerais que le temps s’arrête » ! Sauf que là, je dois aller chercher les assiettes et les couverts situés dans un ridicule tiroir en haut du placard.  Nouvelle attaque de la façade Nord-Est, avec un passage à l’extrême Nord pour les couverts.

Elle m’avait donné du fil à retordre la première fois, mais je dois bien avouer que la demie bière rend ma contorsion beaucoup plus gracieuse, souple et facile, le temps semble plus petit, les assiettes viennent à moi, elles glissent naturellement dans mes mains et sont délicatement disposées sur la table.  Reste à choisir les couverts, le tiroir ouvert, il fait sombre et je n’ai plus besoin de lampe, je sais d’instinct ou les trouver.  Trois couteaux, trois fourchettes, je ne trouve pas les cuillères, je me grandis légèrement, ma tête heurte la table, soulève le plateau, fait valser les bières et le jus d’orange !  Dans ces cas-là, les réactions ne se font pas attendre : Adam gronde, et malheureusement tout le monde comprend le français ici.  L’Angelot pleure par privation involontaire d’apéro. L’agitation générale fait vaciller Margareth et le capharnaüm sonore embrouille toute tentative de stabilisation.  Je prends à ce moment là une excellente initiative, je presse mes oreilles à l’aide de mes deux mains et je peste aussi :

– Mais arrêtez !

Je suis assez efficace à vrai dire et j’attrape le rouleau d’essuie-tout, l’imbibe de produit nettoyant qui sent la rose synthétique, et éponge frénétiquement tout résidu potentiellement collant qui nappe le salon. Et voilà. Inutile de s’énerver.

#Evite-mon-écueil : Je conseille vivement à tout individu faisant l’acquisition d’un Van aménagé de se préparer physiquement.

La soupe chauffe, les steaks sont cuits en trois minutes.  Le repas a commencé à vingt heures quinze et s’achèvera à vingt heures quarante-deux précises.  Une affaire rondement menée.

Quelques kilomètres nous séparent encore d’Édinbourg. Reposons nous maintenant pour être frais et dispos pour le lendemain matin.  Margareth est transformable et va maintenant se dévoiler sous un autre jour, en nous offrant quatre confortables couchages.  Après une vaisselle succincte, faite dans l’évier, lui aussi pour gens lilliputiens, tout le monde descend du véhicule pour déplier ses lombaires et les lits.  Rien de plus simple.  Grâce à un système motorisé, Margareth lève gracieusement son chapeau-toit, lui-même entouré d’un élégant voile-toile de tente.  Et c’est tout !  Une superbe couchette, avec sommier à lattes s’il vous plaît, se propose à nous comme un cadeau tombé du ciel.

– C’est moi qui dors en haut ! Demande Robin faisant preuve d’une éducation épurée.

C’est magnifique.  Dire que c’est le petit Angelot qui va profiter de cet espace. Dans la partie supérieure du coffre, je récupère, en m’agenouillant sur la banquette arrière, son duvet spécial « homme qui dort dans la nature à zéro degré », son oreiller, ses huit doudous, ses bandes dessinées parce qu’il y a dessus ses supers-héros qui vont le protéger (comme si son père ne suffisait pas), son sac de jouets qui gêne au milieu du salon. Ah oui, il lui faut sa paire de lunettes pour lire l’histoire, qui n’est pas dans le coffre, mais dans une pochette en tissus gris clair à rayures que j’avais collé sur une petite zone plastifiée juste à portée de main.  Disparues.

– Robin, où sont tes lunettes ?

– Mais je sais pas moi !

– Le « mais » et le « moi » sont superflu ici mon fils ! Tu pourrais aussi dire « je ne sais pas maman chérie », par ailleurs, tu as omis la négation « ne » ce qui constitue une faute…

– Mais qu’est-ce qu’on fait là ? M’interrompt Adam

– « Qu’est-ce que je fais » serait plus juste à vrai dire mon chéri ! JE cherche ses lunettes.

– Mais il te dit qu’il ne sait pas ! On peut rentrer maintenant ? Dit-il en plissant le front.

– Ça veut dire quoi « superu » maman ? S’enquière Robin, confondant avec superflu.

– Ce n’est pas le moment, et il n’y a pas de super U dans c’pays ! Dis-je en trifouillant les affaires

– Mais si tu l’as dit tout à l’heure ! Insiste l’effronté.

Bon, je laisse tomber les lunettes pour l’instant. L’enchaînement logique se fait dans la foulée, qui dit « dodo », dit « pyjama ». Le placard colonne où sont rangés nos vêtements va maintenant subir quelques profondes investigations.  En l’ouvrant, la moitié des vêtements, pourtant soigneusement rangés par ordre croissant de taille, se jettent sur moi.  D’un côté c’est super, je n’ai pas besoin de chercher, ils veulent être choisis ! Je rempile sans tarder.  La première tablette ultra-légère en kevlar hyper-design supporte les vêtements de Robin idéalement choisis par son papa.  Le verdict est instantané.  On n’y voit rien là-dedans, et en plus impossible d’attraper quoique ce soit tant il est profond.  L’étroite ouverture crée par les petites portes coulissantes ne laissent voir que la première pile de vêtements.  Mes bras robotisés retirent l’ensemble en pressant les tas pour ne rien déplier. Au passage, je m’inquiète de la nature très estivale de ce que je vois : Shorts, t-shirts, un pantalon, maillots de bain. Ce n’est pas trop grave, je m’inquiète plus de voir l’homo-scientificus qui s’est allumé une clope, signe incontestable que ses limites sont atteintes : pyjama en vue !  Récupération, rempilage, fermeture des écoutilles pour empêcher toutes fuites de chaussettes ou autres slips.

– Robin monte sur ton lit et mets ton pyjama ! dis-je satisfaite.

– Il est déjà en haut en train de dormir emmitouflé dans son gros duvet.

– Mais à quoi ça sert de chercher le pyjama alors ?

– C’est ce que je te demandais tout à l’heure ma chérie, mais tu ne voulais pas répondre ! Me jeta-t-il accompagnant sa clope à terre d’une pichenette.

Soldats !  En position pour dépliage du lit !  Pied au sol, je me plie, côté gauche, de façon à joindre le levier de déblocage de la banquette. Il faut le lever et tirer simultanément la banquette.  Le rail laisse alors coulisser l’ensemble. En théorie.  Car dans la pratique, le tiroir situé sous la banquette est lesté par … du plomb ou quoi ?  De fait la manœuvre requiert une certaine force physique, que je n’ai plus à cette heure précise de la soirée.  En revanche, afficher un large sourire ne me dérange pas :

– Mon homme ? Aurais-tu l’extrême gentillesse, s’il te plaît, de bien vouloir user de ta force impressionnante, je ne suis qu’une petite chose fragile, alors que toi, avec des muscles saillants, rien ni personne ne te résiste n’est-ce pas ?

Cette proposition posée avec finesse et habileté le laisse tout de même songeur un court instant.  Mais le gentleman qui sommeille en lui sait toujours refaire surface au bon moment. Il me remplace dans le ventre de la bête, adopte une élégante position de bodybuilder, sourire en coin, et d’un geste souple effectue la manœuvre.

– Merci … 007 !

Les mousses qui constituent le matelas sont, elles aussi, dépliées et deux duvets finissent d’achever le chef d’œuvre.  Car oui, arriver à ce stade, je ne pense heurter personne en parlant d’œuvre d’art ?  Margareth, parée de ses plus beaux atours, nous accueille en son sein si chaleureux pour la nuit. C’est une merveille.

La nuit fut belle, et fraîche.  Le jour m’éblouit au petit matin et me signale l’heure du lever. Mon heure, c’est mon heure.  Et c’est de fait, celle des autres également : pas de place pour les fainéants ici.

– Tu as bien dormi ? Me demande le capitaine.

– Ah Non, et toi ?

– Non plus. Dit-il souriant. J’ai fait plein de cauchemars, en plus j’ai eu froid les duvets sont trop légers, et j’ai mal au dos le matelas est trop dur, et puis Robin a plus d’espace là-haut : faudra changer ça.  Je faisais que de me tourner et de me retourner pour trouver du soulagement, mais j’ai sûrement un lumbago.

#Evite-mon-écueil : Si vous partez en pays « frais et ou humide l’été » prévoyez des bons duvets. Le système de chauffage est conçu pour s’abstenir de faire des dépenses inutiles la nuit et s’arrête automatiquement. Par ailleurs, étant branché sur le réservoir de carburant il vous protège d’une éventuelle panne sèche.

j’ai fait que me réveiller sans jamais pouvoir me rendormir on-a-du-café-pour-ce-matin ?

– Oui, on a ce qu’il faut.

– Pourquoi tu as mal dormi toi ? Demande-t-il poliment sans attendre de retour.

– Tu as ronflé toute la nuit…

-Sur ces bonnes paroles, l’Angelot se réveille aussi et nous regarde comme une chauve souris. Les pattes agrippées au rebord de son sommier et la tête en bas.  Pas de meilleur moment pour un :

– Quand est-ce qu’on prend le p’tit déj ?

– Bonjour petit Lord, maintenant bien sûre tes désirs sont des ordres ! Dis-je avec humour que seul mon mari comprend.

– Le salon doit être reconstitué maintenant pour laisser place au petit-déjeuner. Le capitaine prend la barre :

– Robin tu restes en haut pour l’instant, faut qu’on replie le lit en bas.

– Nannn…je veux descendre ! en se mettant à pleurer automatiquement.

– Mais ce n’est pas vrai ! Tu ne vas pas te mettre à pleurer dès le matin ? Bon vient dans mes bras, tu vas aller dehors deux minutes le temps de replier tout ça.

Le petit satisfait, descend avec deux doudous et son Ironman en plastique au cas où, le pouce bien enfiché dans sa bouche. J’ouvre la porte latérale à assistance motorisée, et que découvrons-nous avec stupéfaction ?  Quarante yeux lasers pointés en notre direction qui attestent d’un certain désarroi.  

Ce sont que des marchands, déjà installés sur le parking transformé en place du marché. Côté assiégés, le malaise s’installe rapidement, puis survient la gêne, le désespoir, le déni, la colère, tremblements, nous savons déjà que le deuil sera long et douloureux.  Pas si facile d’endosser le rôle du baroudeur, avec tous les aléas que cela implique.  Adam garde la tête froide et agit vite en faveur de sa tribu :

– On replie tout, et on va déjeuner plus loin.

#Evite-mon-écueil : Savoir accepter l’imprévu dès le début.

Les duvets sont tout de même soigneusement pliés et rangés à l’arrière pour laisser de la visibilité au conducteur. « Ouin-ouin » ne moufte pas.  En vitesse le toit est replié, et nous squattons une place à l’abri des regards.  Cette fois, c’est bon.  Ne cachant pas une forme de brutalité, Adam passe notre lit du masculin au féminin lui rendant son allure de banquette, les duvets et tout le nécessaire de nuit est tassé à l’arrière sans ménagement particulier.  Un duvet c’est plein d’air, ça n’a pas mal, ça ne se froisse pas.

Il n’y aura pas de douche ce matin.  Nous n’en avons pas.  C’est ainsi qu’à l’annonce de la bonne nouvelle notre « ouin-ouin » se transforme en « ouai-ouai ». Facile d’élever un enfant en fait !  Dans un mouvement collectif, chacun récupère comme il peut de quoi se vêtir, et enfile rapidement ce qui lui tombe sous la main.  Je remarque que les effets de mode ne sont pas de mise aujourd’hui, même si cela écorche un peu mes principes les plus ancrés, nous souhaitons effacer au plus vite de notre mémoire le traumatisme des quarante yeux sur nos pyjamas et nous avons aussi un peu frais.

Le Capitaine prépare le petit-déjeuner, pendant que je prends son téléphone qui dispose de la connexion internet, afin de jeter un œil à la météo : matin 11°C et après-midi 12 petits degrés.  Livrés à nous même, la contrée inconnue revêt très vite un côté hostile, et l’atavisme néandertalien nous renvoie toujours aux mêmes reflexes :

  • Quel temps fait-il ? 
  • Cela va-t-il durer ? 

Et à son lot de conséquences :

  • Vais-je pouvoir chasser ou aller à la cueillette tranquillement ? 
  • Les fruits vont-ils pourrir s’il se met à pleuvoir six semaines durant,
  • Le lapin va-t-il rester blotti dans son logis ? 
  • Dois-je porter ma peau de vison pour me protéger du froid ?  Etc.
… OU PAS

Tout cela étant une question de survie… Aujourd’hui nous dirions plutôt :

  • Va-t-on enfin pouvoir manger dehors ?
  • Verra-t-on des animaux en liberté et
  • Pourra-t-on cueillir des framboises sauvages ?
  • Aurais-je dû prendre mon imperméable 100% synthétique qui est resté à la maison ?  

Toujours pour des questions de survie bien sûr !

Je dirais que généralement, pour le pack intégral : Questions, réponses, et non-atteinte d’un résultat vraiment fiable, il nous faut à peu près un quart d’heure.  Sachant que si nous répétons cela chaque jour, nous passons environ…voyons, quinze minutes par jour, pendant soixante-dix neuf ans : 432 525 minutes soit 7208 heures c’est-à-dire presque une année entière à nous demander si le ciel va bien vouloir nous laisser faire ce qui nous chante aujourd’hui.  À la louche, et de façon très macro, j’estime que très rares sont les fois où nous avons renoncés à nos idées à cause de trois gouttes de pluie.  À ce rythme-là, c’est assez tranché mais je vais tout bonnement proposer que nous renoncions à la consultation quotidienne des prévisions météorologiques, c’est superflu :

– Adam ? Tu ne trouves pas qu’on se prend la tête avec la météo ?

– Ça nous permet de savoir comment habiller le petit. Je te rappelle qu’un petit sec est toujours plus aimable qu’un petit froid et mouillé si tu vois ce que je veux dire ?

– Tiens, c’est vrai ça.

Je pointe à nouveau mon nez sur le site météo.

– Oui, mais qui te dit que c’est fiable ?

– Moi je te le dis. C’est assez fiable pour nous éviter quelques écueils dont nous n’avons pas besoin !

Ce n’est pas faux. Finalement, je ne déballe pas plus d’arguments, l’analyse de l’homo-scientificus est bien plus pertinente : Le temps perdu à consulter la météo est vite amorti par le temps gagné à calmer l’Angelot.  Inutile de chercher plus loin, je me fie à météo.com, de toute façon les 12°C seront, selon eux, accompagnés d’un grand soleil aujourd’hui. Et puis, en comparaison et à latitude identique, le Danemark à l’Est ou le Québec à l’Ouest, ici il fait plutôt « chaud » !

Le ventre repus par le petit-déjeuner, nous remballons notre stand et nous apprêtons à reprendre la route vers Édimbourg :

– Inutile de programmer ton GPS. Propose Adam.

– Oui, oui ! répondis-je en m’empressant d’y entrer la destination quand même.

Je comprends que le duel est officiellement ouvert : les deux protagonistes se jettent un regard cisaillant en dégainant leur matériel. Lequel de « l’oiseau » ou du mauvais GPS sera-t-il le plus rapide ?  Un léger courant d’air passe entre nous, figeant notre crispation. Chacun pour soi, nous nous hâtons de programmer les calculateurs, il faut entrer la ville dans l’engin et Adam a un avantage certain : son téléphone portable dispose d’un clavier tactile dernière génération, mais pourquoi pousse-t-il ces tout petits gémissements quand il veut aller vite ?

De mon côté, je peine à trouver les lettres, pour former le nom de la ville, le bouton qui fait progresser le curseur avance par nombre pair et refuse de sélectionner les voyelles !  Mais il date de l’après-guerre ou quoi ?  Je n’y arriverais jamais…  C’est moins de quatre minutes plus tard, que le verdict tombe : l’autre oiseau est plus rapide à programmer.

Mauvaise joueuse, mais digne tout de même, je poursuis mon travail, pendant qu’Adam dispose son téléphone sur un support fabriqué maison.  Un truc en bois consolidé par un élastique, dont le caoutchouc vieux de 10 ans devrait lâcher sans plus attendre : le minimalisme à ses limites.  Assez vilain, et posé au milieu du tableau de bord de manière instable, il gêne clairement le champ de vision, bien qu’il n’ait pas coûté un rond, il ne fera selon moi, pas long feu.  Au moment où je finis enfin ma programmation, l’oiseau de téléphone, emporté par son propre poids, tombe de son nid, anéantissant d’un trait les efforts du capitaine : l’itinéraire enregistré s’est effacé, l’application a planté, il faut tout rebooter et rallumer le téléphone.

La veine temporale devient pulsatile et les petits gémissements se sont transformés en gros mots dont Robin se délecte.  À ce moment-là, nous contemplons ensemble l’ampleur de l’intelligence artificielle, lorsque, mon GPS choisit sciemment le meilleur moment pour nous fait une belle démonstration d’analyse prédictive :

– « Suivez l’itinéraire recommandé ». Annonce sa voie synthétique.

Curieux, il n’avait jamais dit cela avant.  Et comme l’humour de m* est toujours le bienvenu par temps houleux, je caresse légèrement le tableau de bord poussiéreux en disant :

– Margareth ! Sors du GPS maintenant ! Tu énerves tout le monde…

Robin lève les yeux au ciel et Adam ne rit pas bien sûr.  Il s’occupe de l’oiseau qui va subir son courroux : Reprogrammé et reposé sur son support, puis coincé avec insistance entre le tableau de bord et le pare-brise. Non de non !

On s’amuse d’un rien en vacances !  Et nous avons du temps devant nous.  Selon nos deux GPS, une heure de route devrait nous permettre d’atteindre l’objectif, et ils nous proposent tous les deux la même route.  C’est du bonheur tout de même.


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Un avis sur “Article n°3(bis)# Parenthèse Anglaise

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